Ataturk, largeur d’esprit et noblesse de Cœur, quelques témoignage

V – LARGEUR D’ESPRIT ET NOBLESSE DE COEUR — QUELQUES TÉMOIGNAGES SUR SA PERSONNALITÉ.

Atatürk était sans doute un chef militaire génial, extrêmement courageux. Il était d’un sang froid exceptionnel. Mais il avait du cœur. On l’a vu pleurer la mort d’un compagnon; on l’a vu regardant avec des yeux humides les corps des jeunes soldats, sur un champ de bataille. Un ambassadeur britannique, Sir Percy Loraine, qui l’a connu de près, a écrit que l’exemple de Kemal Atatürk prouve qu “une tête froide ne signifie pas toujours un coeur froid”. (Kemal Atatürk, An Appréciation, Edinburg, 1948). Le lendemain de la grande victoire à Dumlupinar, contemplant le champ de bataille jonché de morts et de matériel abandonné, il ne cache pas sa tristesse et il dit à son officier d’ordonnance: “Ce que tu vois n ‘est pas à l’honneur de l’humanité. Mais ils nous ont attaqué, nous nous sommes défendus et voilà ce qui est arrivé. A qui est la faute?” Kemal Atatürk avait dicté un message pour être lu lors d’une cérémonie de commémoration devant les cimetières des soldats tombés à Galli-poli (Dardanelles). Une partie de ce message se trouve aujourd’hui inscrit sur l’un des monuments érigés en Australie à la mémoire du corps expéditionnaire australien et néo-zélandais (les ANZAC) qui avait participé en 1915 sous le drapeau de l’empire britannique aux batailles des Dardanelles.

Voici le texte de ce message de Kemal Atatürk:

“Soldats qui avez versé votre sang et avez perdu votre vie sur le sol de ce pays!… Reposez en paix et en toute quiétude… Vous êtes, fraternellement, côte à côte avec nos propres soldats tombés… Vous, mères qui avez envoyé des pays lointains, vos enfants à la guerre… Séchez vos larmes… Vos enfants sont dans notre sein… Ils reposent en paix. Après avoir donné leur vie sur cette terre, ils sont devenus nos propres enfants”. (Akil Aksan, op. cit., p. 114; Utkan Kocatùrk, op. cit., p. 324).  Ce message révèle une largeur d’esprit et une noblesse de cœur extrêmement rares. Il vise à supprimer les rancunes et à rapprocher les hommes.

Le général français Gouraud qui avait été blessé aux Dardanelles et y avait perdu un bras, était revenu en Turquie en 1930. C’était à l’occasion de l’inauguration du monument aux morts des Dardanelles. Il exprima son admiration pour les Turcs, qui, aux Dardanelles, avaient rempli si noblement et si courageusement leur devoir envers leur patrie. Il fut accueilli avec les honneurs militaires. Atatürk le reçut et le garda pendant deux heures.

L’ambassadeur de France, Charles de Chambrun, a écrit les lignes suivantes au sujet de cette rencontre: “…Je n’oublierai jamais ce jour… C’était à Ankara, la veille de l’inauguration du monument aux morts des Dardanelles. Les deux survivants se tenaient debout face à face. Il n’y avait plus de tranchées entre eux. Le ciel était serein. L’oeil bleu de France du général Gouraud croisait l’oeil d’acier de Mustafa Kemal. Me montrant avec émotion la manche vide de son interlocuteur… Mustafa Kemal, se penchant vers moi, dit à voie basse: “Son bras glorieux qui repose dans la terre turque est un lien infiniment précieux entre nos deux pays”. (Hommage à Mustafa Kemal, le Figaro, 11 novembre 1938).

Puisque nous en sommes aux souvenirs de l’Ambassadeur de France, le comte de Chambrun, citons un autre témoignage de cet éminent diplomate. Témoignage fort intéressant puisqu’il concerne la première rencontre entre Atatürk et le premier ministre grec M. Venizelos.  M. Venizelos avait joué un rôle actif lors de l’occupation des provinces turques de l’Anatolie occidentale par les armées grecques. Kemal Atatürk était l’homme qui avait détruit les chimères anatoliennes de M. Venizelos. Mais, immédiatement après le conflit armé et malgré des souvenirs extrêmement douloureux, Atatürk et Venizelos avaient montré assez de sagesse pour nouer des relations amicales entre les deux pays.

M. Venizelos vint en Turquie et visita Mustafa Kemal. L’ambassadeur de France, le comte de Chambrun, dans un livre intitulé “Traditions et Souvenirs” (Paris 1952) nous relate ainsi les impressions de M. Venizelos sur Kemal Atatürk: “…Je revois M. Venizelos sortir d’un dernier entretien avec Mustafa Kemal. Tout ému de la réconciliation qui venait d’être scellée, l’oeil luisant sous ses lunettes d’or, encore trépidant, la bouche ouverte, il ressemblait à Ulysse dont il avait k profil…  “C’est un très grand homme, me dit-il, je n ‘ai jamais rencontré de général d’armée ayant une telle largeur d’esprit, une telle connaissance du gouvernement”. (Cité dans “Atatürk”, publié par la Commission Na¬tionale Turque de l’Unesco, Ankara, 1963, p. 166).

L’écrivain français Claude Farrère qui l’a connu pendant la Guerre d’Indépendance attire l’attention à certains traits de sa personnalité:  “Une incroyable maîtrise de soi; une volonté que rien ne plie; enfin, la plus patiente et la plus fixe puissance d’attention et de réflexion.. .Nous causons. Nouvelle étrangeté: cet homme écoute quand ses interlocuteurs par¬lent. Quiconque a fréquenté des hommes d’Etat sait que rien n’est plus ra¬re… “(Turquie Ressuscitée, Paris, 1930,/). 106-108).

Selon Noëlle Roger, qui l’a connu également: “Le secret de ses réussites? Il mûrit longuement en lui-même chacune de ses entreprises, sans rien laisser au hasard, réglant les moindres détails”. (En Asie Mineure, Turquie du Gazi, Paris, 1930, p. 70-71). “Sa présence, son regard, sa parole suffisent à convaincre les plus hostiles… Transformer ses ennemis en adeptes fidèles, n’est — ce pas la plus précieuse et la plus rare prérogative d’un chef?… Extraordinaire ascendant de cet homme: ïl peut demander à ses équipes l’impossible et l’obtenir” (Anadolu, La Turquie de Kemal Atatürk, Paris, 1938).

L’ambassadeur des Etats – Unis d’Amérique à Ankara, Charles H. Sherrill écrit:  “Une nation qui produit de grands hommes est une grande nation… Il n’y a pas aujourd’hui, dans le monde, un homme d’État supérieur à Mustafa Kemal”. (A Year’s Embassy to Mustafa Kemal, New York, London, 1934).

M. René Marchand nous relate les impressions d’autres diplomates en poste à Ankara, au sujet du fondateur de la République Turque:  “ C’est l’homme du siècle, disait de lui l’ambassadeur d’Angleterre, Sir George Clerk.  Je n ‘ai jamais vu personne exercer sur un peuple un ascendant aussi irrésistible, m’avouait M. Potemkine de l’ambassade des Soviets…”

Et M. René Marchand ajoute: “…Effectivement, militaire et politique de génie — alliance qui se rencontre si rarement — Mustafa Kemal domine notre époque. Sa vie? — Une lutte ininterrompue pour son pays. Une volonté inflexible de la servir. Une franchise de soldat incapable d’intrigues”. (Le Réveil d’une Race, Paris, 1927, p. 26-28).

Voici un autre témoignage émanant de l’ambassadeur britannique Sir Percy Loraine qui l’a connu de près: “..Je suis sûr que Kemal Atatürk était un homme tout à fait extraordinaire. Il semblait tout simplement ne pas savoir ce que c’est d’être effrayé devant un danger ou d’hésiter devant des difficultés. Devant chaque problème et dans chaque situation, il avait le don de séparer, immédiatement et sans effort apparent, ce qui était essentiel de ce qui ne l’était pas. Il le faisait par un don instinctif que je n ‘arrive pas à nommer parce que je ne l’ai jamais rencontré en aucune autre personne. …Une intense vitalité se manifestait dans chacun de ses regards, chacun de ses gestes et même en état d’immobilité. Son esprit et son corps semblaient être des ressorts prêts pour l’action. C’est un trait caractéristique de l’homme qu ‘après être élu Président, il ne remit jamais son uniforme militaire — qui était pourtant tellement glorieux”.

Et l’ambassadeur Sir Percy Loraine continue: “Le pouvoir n’a jamais tourné la tête de Kemal Atatürk. Il était incapable de petitesse. Le bien-être du peuple turc était son premier souci: il chercha ce bien-être dans la paix, la sécurité, le progrès et la fraternité, jamais dans la guerre et la conquête”. (Kemal Atatürk, An Appréciation, Edinburg, 1948, texte d’un entretien à la B.B.C. au dixième anniversaire de la mort d’Atatürk).

M. Albert Sarrault, ancien ministre et ambassadeur de France auprès de Mustafa Kemal, souligne “la valeur intellectuelle hors série qui lui a conféré le double don du commandement militaire et du génie de l’organisation civile”. Il qualifie Mustafa Kemal de la façon suivante:”… un héros admirable, un sau¬veur, un soldat glorieux, un homme d’Etat de premier plan”. Il rappelle que Mustafa Kemal avait “assuré l’indépendance nationale, arrachant en fin de comp¬te aux Alliés, qui avaient morcelé sa patrie dans ce traité de Sèvres contre lequel Mustafa Kemal s’était révolté, le traité de Lausanne de 1922, qui accordait à L Turquie libérée les hautes satisfactions politiques et morales que le Gazi avait voulues”.  L’ambassadeur de France A. Sarrault continue en rappelant que “…si l’Europe, par l’égarement de ses erreurs, le contraint à se retourner vers une Asie qui lui tend les bras, il le fera. Mais en principe il ne le veut pas… Sa pensée reste toute influencée du libéralisme et de la culture des idées de cet Occident. “ (Mon Ambassade en Turquie, Paris 1953, p. 6-12). Selon Albert Sarrault, “quiconque saura comprendre et honorer tout ce qu’il y a de noble et de grand dans l’effort de rénovation nationale auquel s’évertue le patriotisme turc trouvera aisément vers lui le chemin sûr et direct d’une amitié qui, lorsqu’elle s’est donnée, ne réserve à qui s’y confie ni traîtrise ni déception.” (Préfa¬ce à l’ouvrage de J. Deny et R. Marchand, Turquie Nouvelle, p. 5).

Et voici finalement le témoignage d’un professeur suisse, Eugène Pittard, qui a eu l’occasion de connaître Mustafa Kemal Atatürk et de colla-barer avec lui sur des sujets scientifiques: “…J’ai vécu (en Turquie) à des époques diverses, assez en arrière de nous,entre 1901 et 1925. En 1928, j’ai séjourné à Ankara et dans plusi¬eurs régions de l’Anatolie. ïsmet ïnonù m’avait dit alors: “Revenez dans dix ans, vous constaterez, en toute objectivité, ce que nous aurons pu faire”. Je suis revenu exactement après ce laps de temps. Et j’ai constaté des choses prodigieuses… L’homme qui en fut le principal auteur s’appelait Mustafa Kemal Pacha… L’Occident ne connaît pas assez ce qu’a été, ce qu’on peut appeler sans exagération le miracle turc. Il pourrait y trouver bien des leçons…” (“Belleten, Vol. III, no. 10, avril 1939, p. 175-180).

 

Sources: Dr. TURHAN FEYZİOGLU: Professeur, Membre du Centre de Recherche Atatürk

http://www.atam.gov.tr/dergi/sayi-08/mustafa-kemal-ataturk-oeuvre-et-influence

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