Ataturk, Serviteur Génial de la Paix

IV – “SERVITEUR GÉNIAL DE LA PAIX”

Dès que la guerre est terminée, Kemal Atatürk se consacre à l’organisation de la paix et au développement de la nation dans la paix. Avant même que fut signé à Lausanne le traité de paix, il fait le tour du pays et dans d’innombrables discours, exprime les idées suivantes: “Désormais, nous allons remporter d’autres victoires très importantes. Mais ces victoires ne seront pas celles des baïonnettes. Elles seront celles de l’éco¬nomie et de la science. Les victoires remportées jusqu ‘à présent par nos armées ne peuvent pas être considérées comme ayant conduit notre pays au véritable salut. Ces victoires nous ont seulement assuré une base solide pour de futures conquêtes, dans d’autres domaines. Ne nous enorgueillissons pas de nos victoires militaires. Préparons-nous a de nouvelles victoires dans les domaines de la science et de l’économie”. (Discours d’Alaşehir, janvier 1923)

Déjà, quelques semaines après la victoire décisive sur les envahisseurs, s’adressant à un groupe d’enseignants venus à Bursa pour le féliciter, il avait déclaré avec une sincère modestie: “Le point où nous sommes arrivés aujourd’hui ne signifie pas encore le salut véritable du pays. La victoire qu ‘ont remporté nos armées n ‘a fait que préparer le terrain pour votre victoire, pour la victoire de vos armées à vous. La vraie victoire, c’est /’armée de l’éducation nationale, c’est vous qui la remporterez et la perpétuerez.

Moi et mes amis, animés d’une foi inébranlable… nous vous suivrons et nous briserons les obstacles qui vous barreront la route”. (27 octobre 1922, Discours aux membres du corps enseignant, à Bursa).

Immédiatement après la victoire militaire, en 1923, il se hâte de convoquer un “Congrès Economique” à îzmir et dans son discours inaugural il dit notamment:

“Aussi grandes que soient les victoires politiques ou militaires, elles ne se¬ront durables que si elles sont couronnées par des victoires économiques. Par conséquent, pour bénéficier des résultats que nous a assurés et que va encore nous assurer notre grande victoire, il faut renforcer et raffermir notre économie et notre souveraineté économique”. Il explique le besoin de développement dans la paix en disant: “II ya deux moyens de conquérir: par l’épée, par la charrue… Une nation dont la victoire n’est due qu’à l’épée sera un jour chassée du territoire qu’elle a occupé… C’est pour cette raison que les véritables conquêtes ne sont pas celles remportées seulement par l’épée, mais celles dues à la char¬rue. .. “ “Le bras qui manie l’épée se fatigue, mais celui qui manie la char¬rue devient plus fort de jour en jour et maîtrise davantage la terre… L’épée et la charrue: De ces deux conquérants, le premier a toujours été vaincu par le second”. (17 février 1923, Discours au Congrès Economique dlzmir).

Mustafa Kemal a vu avec clarté que le développement d’un pays est un processus fort complexe qui comporte différentes dimensions. Il a compris que le développement est étroitement lié au niveau culturel et éducatif, à la mentalité du peuple; à sa capacité d’assimiler la science et la technologie modernes; à une organisation efficace de la société, à d’aut¬res facteurs internes et internationaux. Il a vu que les “capitulations” avaient rendu impossible la défense économique du pays et qu’il fallait absolument les supprimer. Les relations économiques internationales devraient être basées, non pas sur des concessions et une exploitation unilatérales, mais sur une coopération libre et réciproquement utile pour tous les pays intéressés. La paix était la condition préalable pour vaincre la pauvreté. Les dictateurs de l’époque qui a suivi le premier conflit mondial, les Hitler, les Mussolini, les Staline, étaient des civils qui s’étaient affublés d’uniformes de maréchal qu’ils portèrent jusqu’à leur mort. Atatürk, lui, était un militaire qui avait obtenu son grade de maréchal par des grandes victoires sur les champs de bataille. Mais, après son élection à la Présidence de la République, il déposa son uniforme, se mit en civil. Il s’adonna complètement à l’organisation et au renforcement de la paix et au développement de son peuple. Désormais, le nouvel Etat turc était un Etat homogène. La Turquie nouvelle avec un réalisme parfait renonça à toutes sortes de rêves impérialistes ou irrédentistes. Elle a vu et elle a démontré aux autres, qu’il fallait renoncer à rêver à la renaissance des empires du passé (que ce soit l’empire ottoman ou l’empire byzantin). L’essence de la politique étrangère de la jeune République kémaliste était claire dès le début: établir des relations amicales avec tous les pays voisins; consacrer toute son énergie à la reconstruction du pays et au développement national dans la paix.

En 1928, Mustafa Kemal déclare: “Il n’est rien de plus normal pour un pays qui entreprend des réformes radicales et qui poursuit son développement que de désirer vraiment la paix et le calme aussi bien a l’intérieur de ses frontières que dans la région ou il se situe “.

Un an plus tard, il répète: “Notre politique étrangère, franche et loyale, est fondée en premier lieu, sur l’idée de la paix. Chercher à résoudre les problèmes internationaux par des moyens pacifiques, est une voie conforme à nos intérêts et à notre mentalité”. (Akil Aksan, Citations de Mustafa Kemal Atatürk, Ankara 1981, page 99). “Un chemin de paix qui vise à assurer la sécurité de la Turquie et qui ne soit dirigé contre aucune nation, constituera toujours la voie que nous suivrons “( ibid, pages 99-100).

Quand un ambassadeur fit allusion devant lui qu’il était né dans les mêmes parages où Alexandre avait vu le jour, il répondit immédiatement: “Là s’arrête la comparaison. Alexandre a conquis le monde, je ne l’ai pas conquis. En le conquérant, il a oublié sa propre Patrie, je n ‘oublierai jamais la mienne…”. Ce nationaliste pensait, comme E. Renan, que les aventures et l’expansionnisme impérialistes n’étaient pas compatibles avec le vrai nationalisme. Il était fermement convaincu que tous les efforts, toutes les énergies devraient être concentrés pour le développement, la prospérité, le bonheur de la Patrie.

Georges Duhamel (de l’Académie Française), Dans son livre fort intéressant sur la Turquie, fait des remarques pertinentes à ce sujet. Il écrit notamment:  “La Turquie est, actuellement, l’une des nations les plus pacifiques du monde, et si elle entretient une puissante armée, c’est pour défendre son équilibre présent contre les voisins dangereux”.

“…Chez aucune des personnes que nous avons rencontrées et avec les¬quelles nous avons noué des entretiens je n ‘ai senti un regret véritable con¬cernant ce prodigieux emprire ottoman qui allait, j’y reviens, du Danube et de l’Adriatique jusqu’en Mésopotamie, en Géorgie, en Egypte et en Afrique septentrionale. Il m’est arrivé, dans l’intimité de certains colloques, de dire à mes hôtes qu’ils ne semblaient pas dépouillés, mais plutôt allégés. Ils ont souri, puis ils ont répondu que je ne me trompais pas: qu ‘ils avaient, de¬vant eux, d’assez grandes et belles tâches pour ne pas s’adonner à d’inuti¬les regrets”. (La Turquie Nouvelle, Puissance d’Occident, Paris, 1954, p. 42).

Georges Duhamel continue ainsi:  “…sur les cendres de l’ancien empire ottoman une nation toute nouvelle s’est dressée;… cette nation dispose d’un territoire assez grand et pourtant non démesuré; elle est saine et courageuse; elle détient de notables richesses naturelles et elle sait les utiliser; elle est animée par une foi très pure en ce sens qu ‘elle ne vise pas à la conquête des nations voisines, mais à son élévation par le savoir et le travail” (îbid, p. 8-9). Après avoir observé et étudié la Turquie, il conclut, que le peuple turc “est un peuple pacifique, tout entier tourné vers l’avenir et qui ne demande présentement qu’une chose: accomplir son oeuvre en paix”(ibid, p. 103).

F. de Gérando écrit à ce sujet: “Un homme nouveau est apparu, parfaitement sain, animé d’un patriotis¬me ardent, d’une inextinguible soif de progrès, d’une ferme décision d’être libre et maître chez lui… “ (La politique Extérieure, La Turquie Nouvelle, dans la Revue Politique et Parlementaire, 10 mai 1927, Paris.) La nouvelle République turque avait des frontières communes non seulement avec la Grèce, la Bulgarie, l’Iran; mais elle avait une longue frontière commune avec la Russie Soviétique et avec les grandes puissan¬ces européennes de l’époque. En effet, la Turquie était pratiquement le voisin du Royaume-Uni à cause du mandat britannique sur l’Iraq; de la France à cause du mandat français sur la Syrie et de l’Italie mussolinienne, à cause de la possession des îles égèennes (du Dodécanèse) par les Ita¬liens. Si l’on songe à tous ces voisinages et aux souvenirs douloureux d’un passé si récent, on admire la politique de paix de Kemal Atatürk qui a su établir des relations amicales avec tous les voisins de la Turquie sans exception. L’accord de bon voisinage et d’amitié avec la Russie Soviétique fut le premier exemple d’un accord de “coexistence pacifique” entre deux pays ayant des régimes et des systèmes sociaux différents.

Déjà en 1921, Mustafa Kemal disait: “Quant à nos relations avec les bolcheviques: nous avons conclu avec eux un accord d’amitié. L’une des principales dispositions de cet accord stipule que les Russes ne feront pas de propagande et ne se laisseront pas aller à la provocation dans notre pays. Car il y a des différences fondamentales entre la structure des Soviets et la nôtre”. (Âkil Aksan, op, cit, p. 96; U. Kocatùrk, op. cit.,/). 186-188). Par le traité de Moscou, complété par l’Accord de Paris de 1925, la Turquie mettait fin à la querelle plusieurs fois centenaire des Turcs et des Slaves. L’accord d’Ankara avait déjà normalisé les relations entre Ankara et Paris. Par cet accord la France s’était engagée à créer une administration spéciale dans le sandjak d’îskenderun et d’Antakya qui restait sous son mandat, et à respecter la culture nationale des Turcs qui formaient la majorité.

Le traité d’amitié signé avec l’Iran mit fin aux conflits séculaires concernant la frontière de l’Est. L’accord de fraternité avec l’Afghanistan, l’accord avec l’Angleterre au sujet de la frontière turco-irakienne, l’accord avec la Bulgarie, furent suivis par plusieurs accords avec la Grèce.

L’ambassadeur des Etats – Unis Charles H. Sherrill relate ses souvenirs au sujet de l’attitude de Mustafa Kemal en ce qui concerne les relations turco-grecques:  “A mon arrivée en Turquie, il me parut nécessaire, en ma qualité d’ambassadeur étranger, de visiter les champs de bataille… Quand j’en manifestai l’intention aux autorités turques, il me fut répondu que U président Mustafa Kemal préférait infiniment les relations cordiales avec la Grèce, son ennemie d’hier sur ces champs de bataille, aux souvenirs évocateurs des victoires qui y avaient été remportées… Parmi les très rares leçons que le monde a pu tirer de la Grande Guerre, il en est une qui nous montre que les traités qui ne sont pas basés sur l’amitié réciproque et la communauté de vues des deux nations signataires deviennent de simples chiffons de papier. Le Gazi a été le premier parmi les grands hommes d’Etat qui ont survécu a la guerre, à comprendre et à mettre en pratique ce principe indestructible…

La Turquie libérée et régénérée… davait se lier d’amitié avec tous ses voisins…

C’est à cette grande tâche que le Gazi travailla sans répit; ses voisins bénéficièrent de ses efforts autant que sa propre patrie qu’il ai¬mait tant. “ (Mustafa Kemal, l’homme, l’oeuvre, le pays, Paris 1934, Pion, p. 185-187;. Les accords rétablissant une atmosphère de coopération cordiale entre la Turquie et la Grèce, ouvrirent la voie à l’Entente Balkanique entre la Turquie, la Grèce, la Yougoslavie et la Roumanie.

Dans une allocution à l’occasion de la deuxième Conférence Balkanique tenue à Ankara, en 1931, Atatürk disait: “On peut dire que les Etats Balkaniques y compris la Turquie qui sont nés au cours des derniers siècles sont le résultat historique du lent démembrement, puis de la disparition de l’Empire Ottoman. Par conséquent les nations balkaniques ont une histoire commune. Si dans cette histoire il y a des souvenirs douloureux, tous les Etats Balkaniques ont leur part. Mais la part des Turcs n ‘est pas moins douloureuse. C’est pourquoi, vous, honorables représentants des pays balkaniques, vous élevant au dessus des sentiments et des calculs compliqués du passé, vous allez établir les bases d’une fraternité profonde et ouvrir des horizons de vaste union “.

Plus tard, en 1937, la Turquie kémaliste signera un autre pacte régional, le Pacte de “Saadabat”, avec l’Iran, l’Iraq et l’Afghanistan. Les problèmes du rétablissement de la souveraineté complète de la Turquie sur le Bosphore et les Dardanelles et du réarmement des Détroits sont réglés par le traité de Montreux en 1936. Le statut de la province turque de Hatay (l’ancien sandjak d’îskende-run et d’Antakya) est réglé également par voie de négociations. Durant 61 % pour cent de l’espace de temps qui se situe entre les années 1450 et 1900, l’Empire Ottoman avait été en état de guerre. Cela veut dire que pendant quatre siècles et demi, l’Empire Ottoman a eu en moyenne, deux années de paix contre trois années de guerre. La plus lon¬gue période de paix, dans l’histoire de l’Empire Ottoman se situe entre 1739 et 1768: elle ne dura que 29 années. La République turque a enre¬gistré 65 années de paix ininterrompue, dans une région particulièrement dangereuse du globe terrestre. (Dankwart A. Rustow, The Founding of a National State, Atatürk’s Historié Achievement, communiqué présenté au Symposium sur Atatürk, Istanbul, Mai 1981).

L’envoi de troupes en Corée était dû à l’application d’une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU. L’intervention à Chypre était une obligation légale et morale envers le peuple chyriote turc, découlant d’un Traité international. Cette intervention n’a aucun caractère expansionniste. Elle est une “opération de paix” visant à mettre fin à l’oppression et à la violence armée dont souffraient les Chypriotes Turcs (*).  Le principe kémaliste qui a toujours guidé la République Turque et continue à la guider est celle-ci: “Paix dans le pays, paix dans le monde”. La paix a été pour la jeune République turque un but en soi. La Turquie kémaliste voulait la paix, non pour se préparer à des guerres futures, mais pour pouvoir travailler à la grande oeuvre entreprise: moderni¬ser et développer le pays.

Dans un de ses discours, en 1923, un an après la fin de la Guerre d’Indépendance, Mustafa Kemal disait ceci, au sujet de la guerre: “Voilà l’opinion ferme que j’ai sur la guerre: la guerre ne peut être légiti¬me que si elle est indispensable, que si elle répond à une nécessité vitale. Si j’entraîne ma nation à faire la guerre, je ne dois pas avoir à m’en repentir. Nous pouvons faire la guerre à ceux qui veulent nous tuer, en disant “nous ne mourrons pas”. Mais tant que la vie de la nation n’est pas en danger, la guerre est un crime »

Plus tard il dira: “… Le règlement pacifique des graves conflits actuels doit être le voeux fervent de l’humanité civilisée. J’estime superflu d’expliquer combien nous sommes attachés à l’idéal de la paix, combien nous souhaitons que cet idéal soit garanti”. (U. Ko-caturk, op. cit., p. 314-326.)

Son plus proche collaborateur en temps de guerre et en temps de paix, Ismet İnonü,a dit après le décès d’Atatürk: “Une vie de fraternité humaine entre les nations a été l’idéal auquel Atatürk est resté attaché toute sa vie”.

Atatürk, était épris de paix. Mais il n’était pas un utopiste. Il n’était pas un naïf prenant ses rêves pour des réalités. Il savait fort bien que la paix était vulnérable. Dans un tour d’horizon qu’il avait fait au début des années 30 avec le général américain Mac Arthur et dans une interview accordée à une journaliste américaine, Gladys Baker, il avait prédit la me¬nace hitlérienne, le second conflit mondial qui s’approchait; il avait égale¬ment prédit les succès initiaux mais la défaite finale de l’Allemagne en cas de conflit, à cause de l’intervention américaine qui serait inévitablejil avait même prédit que dans le cas d’un conflit armé entre l’Allemagne, la France et l’Angleterre, le véritable vainqueur ne serait ni l’un, ni l’autre de ces pays, mais que la Russie Soviétique serait le principal bénéficaire d’une telle guerre et qu’elle pourrait devenir une véritable menace pour l’Europe et l’Asie. En réponse à la question de la journaliste américaine Gladys Baker qui demandait (en 1935) si les Etats- Unis pourraient garder leur neutralité dans une guerre éventuelle, il avait dit: “Non, c’est impossible!.. Si la guerre éclate, la position prépondérante qu’occupent les Etats- Unis dans la communauté des nations, en subira sûrement les conséquences. Quelle que soit leur situation géographique, les nations sont unies entre elles par une multitude de liens… / …Les Etats- Unis habitent dans l’appartement le plus luxueux de l’immeuble qu ‘est le monde. Si l’immeuble est incendié par certains de ses habitants, il est impossible que cet incendie ne touche pas Us autres. Il en est de même pour la guerre. Il est impossible que les Etats- Unis se tien¬nent à l’écart de la guerre”. (21 juin 1935; Atatürk’ùn Sôylev ve De-meçleri-Discours et Déclarations de Atatürk, vol. III,Ankara 1954, page 96).

Les termes dans lesquels Atatürk s’est exprimé à cette occasion rappellent de façon surprenante ceux de Roosevelt qui, cinq ans plus tard s’adressait ainsi au peuple américain: “S’il y a le feu chez votre voisin, vous courrez à son aide avec tous les moyens dont vous disposez pour maîtriser les flammes. Vous n ‘attendez pas que l’incendie gagne votre maison “.

Atatürk, homme de paix, avait sans cesse répété que les nations qui désirent la paix devraient prendre toutes les mesures nécessaires à l’échelle nationale et internationale afin de décourager et d’empêcher l’agression. Il était contre les aventures expansionnistes; mais il savait que la dé¬fense nationale ne peut être négligée. Il percevait avec réalisme que pour dissuader un agresseur éventuel, une nation doit être prête à se défendre. Les notes concernant une conversation, au printemps de 1941, entre Comte Ciano (ministre des affaires étrangères de Mussolini) et Hitler, ont été publiées après la guerre parmi les papiers diplomatiques de Ciano. Voilà un passage de ce document qui démontre la sagesse léguée par Atatürk à la République Turque: “…..La possibilité d’une opération militaire sur la Turquie a été considérée et éliminée. D’abord parce qu ‘il était certain que la résistance turque serait considérable et rendrait l’opération incertaine et dangereuse. D’autre part, il était difficile d’attirer la Turquie dans l’orbite de l’Axe,… parce qu’il était impossible de voir quel avantage politique pourrait être offert en échange, à la Turquie. Le Fuhrer sait que la Turquie n’aimerait guère qu’on lui promette le territoire de l’un des pays voisins.” (Ciano’s Diplo¬matie Papers, London 1948, p. 435).

Nous savons d’autre part comment le Fuhrer s’était rallié certains pays en leur faisant de larges promesses concernant les territoires de pays voisins. Le Secrétaire Général des Nations Unies avait raison de souligner que les idées de Kemal Atatürk continuent à éclairer les problèmes de notre époque. Voici quelques idées exprimées par Mustafa Kemal Atatürk, dans les années 20 et 30, au sujet de la paix mondiale et de la coopération entre les nations: “Les nations du monde appartiennent à une même famille, ou sont en voie de le devenir… On doit penser à la paix et à la prospérité des nations du monde entier, comme on pense à l’existence et au bonheur de sa propre nation… Oeuvrer pour le bonheur des nations du monde, revient en somme à tâcher d’assurer la paix et le bonheur de sa propre nation “.

“Il est naturel que les dirigeants recherchent les moyens d’assurer d’abord le bonheur de leur propre peuple. Mais ils doivent souhaiter que ce même bonheur soit partagé par tous les autres peuples”. “Si le calme et la bonne entente ne régnent pas dans le monde et entre les nations du monde, une nation a beau faire pour elle-même, elle est pri¬vée de tranquillité. Nous ne pouvons pas savoir si un événement que nous croyons très lointain ne nous atteindra pas un jour. C’est pourquoi, il faut considérer l’ensemble de l’humanité comme un seul corps et une nation comme un organe de celui-ci. …La douleur qui affecte le bout d’un doigt de ce corps est ressentie par tous les membres. S’il y a un malaise dans un coin du monde, gardez-vous de dire: qu’est-ce que cela me fait? Si un malaise se manifeste, il nous faut nous y intéresser comme s’il s’était produit parmi nous”.(Utkan Kocatürk, op. cit, p. 328J.

Est-il nécessaire de rappeler que ces idées furent exprimées par Mustafa Kemal Atatürk, cet exceptionnel homme d’Etat, longtemps avant la création de l’Organisation des Nations Unies et de ses institutions spécialisées. Le Préambule de l’Acte Constitutif de l’Unesco déclare avec raison que “les guerres prennent naissance dans l’esprit des hommes. C’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. “

Atatürk déclarait, en 1931, que: “Pousser les hommes à s’entre égorger sous prétexte d’assurer leur bonheur, c’est un procédé inhumain et extrêmement déplorable. Le seul moyen de rendre les hommes heureux, c’est de les amener à s’aimer les uns Us aut¬res, d’accomplir avec énergie les actes propres à assurer la satisfaction de leurs besoins physiques et moraux.. “(Utkan Kocatùrk, op. cit., p. 323).

Et, en 1935, à une époque où les signes précurseurs de la Seconde Guerre Mondiale étaient déjà visibles à l’horizon, il continuait a prêcher des principes qui furent acceptés à la fin de la grande tragédie  comme le fondement des Nations Unies: “…Si l’on souhaite une paix durable disait Atatürk, il faut prendre, à l’échelle internationale des mesures tendant à améliorer le sort des masses. Il faut que dans l’ensemble du genre humain, la faim et l’oppression fassent place à la prospérité et à la liberté”.

“Les citoyens du monde doivent recevoir une éducation tendant à les éloigner de tout sentiment d’animosité et de haine”. (AxaXûrk’un Soylev ve Demeçleri – Discours et Déclarations de Atatürk, Vol. III, Ankara, ‘954. A 97)

 

Sources: Dr. TURHAN FEYZİOGLU: Professeur, Membre du Centre de Recherche Atatürk

http://www.atam.gov.tr/dergi/sayi-08/mustafa-kemal-ataturk-oeuvre-et-influence

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