Histoire de la Turquie

Quand l'histoire aime la précision

23 avril 1920 : la justice française condamne l’ex-archevêque Moucheg Séropian pour terrorisme

3 min read

Moucheg Séropian était un homme d’Église et un agitateur nationaliste arménien. Archevêque d’Adana à partir de 1908, il incita ses ouailles à l’insurrection. Absent quand les affrontements interethniques qu’il avait ainsi provoqué se déclechèrent, en avril 1909, il fut condamné à mort par contumace par la justice ottomane. Pour ne citer qu’une source non-turque à ce sujet, voici la conclusion révérend Thomas Christie (1843-1921), directeur de l’institution scolaire américaine Saint-Paul, à Tarsus, ville voisine d’Adana, qui se trouvait dans cette dernière cité quand la violence éclata :

« Les jeunes hommes arméniens d’Adana sont presque tous révolutionnaires, ce n’est pas comme ici [à Tarsus]. Des armes ont été vendues librement pendant des mois ; les deux parties ont entreposé des armes et des munitions. Les Arméniens ont été encouragés à procéder ainsi par un homme très mauvais, leur évêque [Mouchegh Séropian], qui est maintenant à l’abri, en Égypte. Si lui et quelques autres avaient été mis en prison à l’automne dernier, rien de tout cela ne se serait produit [souligné par moi]. Les Turcs étaient exaspérés par les menaces et les fanfaronnades arméniennes. Dans une atmosphère ainsi chauffée à blanc, ‟le coup de feu part tout seul”. La mort d’un Turc a mis le feu aux poudres. » (Bie Ravndal, consul des États-Unis à Beyrouth, dépêche au sous-secrétaire d’État, 25 avril 1909, p. 5, National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, RG 84, Records of Foreign Service Posts, Diplomatic Posts Istanbul, vol. 216).

Revenu dans la ville d’Adana en 1919, Séropian loua une maison avec son frère (lui-même condamné à quinze ans de prison par la justice ottomane, avant 1914) où ils fabriquèrent des bombes et entreposèrent des armes à feu. Le 13 mars 1920, vers 9h 15, alors que Moucheg Séropian était en Égypte, son frère commit une erreur fatale, se tuant et tuant par la même occasion le boulanger arménien qui lui portait du pain. L’ex-archevêque terroriste fut condamné par contumace.

Centre des archives diplomatiques de Nantes, 1SL/1V/154 :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
CONSEIL DE GUERRE PERMANENT de la Ire division du Levant
Séant à Adana

JUGEMENT PAR CONTUMACE
Au nom du peuple français

Le Conseil de guerre permanent de la Ire D.A.F.L. a rendu le verdict suivant :
Aujourd’hui 23 avril mil neuf cent vingt, le Conseil de guerre permament de la Ire Division armée française au Levant, ouï le commissaire du gouvernement dans ses réquisitions et conclusions, a déclaré le nommé :

MONSEIGNEUR MOUCHEG SÉROPIAN (absent et contumax) coupable de :

1° Par 4 voix contre une : d’association de malfaiteurs ;
2° Par 4 voix contre une : de fabrication et détention d’engins meurtriers agissant par explosion ;
3° À l’unanimité de détention d’armes et de munitions de guerre ;
4° [À] l’unanimité de complicité d’homicide par imprudence.

En conséquence, ledit Conseil condamne par contumace, par 4 voix contre 1 le susnommé à la peine de :

Dix ans de travaux forcés et vingt ans d’interdiction de séjour, par application des articles
63-202-267 du C[ode de] J[ustice] M[ilitaire], 59-265-266-319 [du] C[ode] P[énal], 3 et 4 de la loi du 24 mai 1834, 3 de la loi du 19 juin 1871.

Et vu les articles 139 du Code de justice militaire et 9 de la loi du 22 juillet 1867, le Conseil condamne ledit susnommé à rembourser sur ses biens présents et à venir, au profit du Trésor public, le montant des frais du procès.

Vu :
Le commissaire du gouvernement
S[igné] : De Vaux.
Pour extrait conforme, le greffier.
Signé : illisible.

Auteur: Maxime GAUIN – Source  » VOIR ICI «